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Strategy

Du savoir jeter dans le management des projets

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Thierry Boudes est Professeur de Stratégie et Directeur scientifique de l'Executive Mastère Spécialisé Business Consulting.

Le management de projet selon le Professeur Jean-Pierre Boutinet, étymologiquement, c’est l’acte de jeter en avant. Gérer un projet, c’est parvenir plus ou moins astucieusement à jeter dans le réel une intention plus ou moins claire. Il s’agit de passer du dessein au dessin. A  l’instar du mot projet sur un préfixe et le radical jet, le professeur Boutinet en retient cinq. Sujet, objet, trajet, rejet, et surjet.

Management de projet : acte de jeter en avant

Chaque discipline a ses sages. Dans le champ du management de projet, le Professeur Jean-Pierre Boutinet en est un. Dans ses travaux (Anthropologie du projet, Paris P.U.F. par exemple), il rappelle un point fondamental du management de projet : un projet étymologiquement, c’est l’acte de jeter en avant. Gérer un projet, c’est parvenir plus ou moins astucieusement à jeter dans le réel une intention plus ou moins claire. Comme il le dit lui-même, il s’agit de passer du dessein au dessin.
Dans ce mouvement, il est frappant de constater que la langue française n’a finalement que peu de mots à nous proposer qui sont construits, à l’instar du mot projet sur un préfixe et le radical jet. Le professeur Boutinet en retient cinq. Vous avez trente secondes pour les trouver !

Sujet, objet, trajet, rejet, et surjet

Bravo : sujet, objet, trajet, rejet, et surjet (un terme de couture). Que tirer de ce jeu sur les mots ?
Pas de projet sans… :

  • sujet : nombreux sont les acteurs dans un projet et il convient de les coordonner et de communiquer avec eux. Malheur au chef de projet qui omet certains sujets. D’ailleurs, le chef de projet est lui-même un sujet : que fait-il (ou elle) dans ce projet ?
  • objet : un projet porte sur un domaine donné. Il aboutit souvent à livrer un résultat, un objet au sens large du terme (un livrable comme disent les experts).
  • trajet : un projet suit un déroulement dans le temps, plus ou moins planifié et maitrisé. Il a un trajet que les responsables du projet s’efforcent de planifier au mieux.
  • rejet : il y a un trible rejet au cœur de projet. Le rejet de l’existant : d’une part, quiconque est parfaitement satisfait de l’existant n’a pas de projet, c’est par définition le nirvana ! D’autre part, pour aboutir à livrer l’objet du projet il faut renoncer aux alternatives. Sans rejet pas de convergence du projet. Enfin, il faut minimiser le risque de rejet par les parties prenantes.
  • surjet : un projet perturbe toujours un peu son environnement. Il revient aux acteurs de tricoter des liens avec cet environnement afin de créer les meilleures conditions à l’accueil du projet. Le surjet avec l’existant est un enjeu des projets.

Le forjet

Les férus du scrabble objecteront qu’il manque le mot forjet (un terme qui désigne la saillie d’une construction hors de l’alignement pour une poutre par exemple). Le forjet renvoie à l’innovation dont est porteur un projet, ce qui va le faire sortir de l’ordinaire. Ainsi, pas de projet sans forjet (sinon le projet ne sert à rien), mais il faut contrôler le forjet de façon à éviter le rejet du projet par les sujets. Il est ainsi frappant de constater à la suite du Professeur Boutinet, que la langue française, dans sa construction des mots, livre une quasi-méthodologie de conduite de projet.

Les très férus du scabble feront remarquer qu’il manque encore d’autres mots (éjet et cajet par exemple), mais comme ils ne figurent pas dans la plupart des dictionnaires courants, là on quitte le management de projet et on entre vraiment dans le scrabble!