Knowledge @ ESCP Europe

Strategy

Le mythe de la perfection ou le doute n’existe pas!

.

Patrice Stern est Professeur Emerite à ESCP Europe en psychosociologie et management des hommes et Conseiller scientifique de l'Executive Mastère Spécialisé Business Consulting.

Une sociologie des dirigeants et des cadres supérieurs de l’entreprise dégage un de leurs grands leurres "le mythe de la perfection". L’illusion est que l’être humain par la force de sa pensée et de son intelligence est capable de résoudre tous les problèmes de l’organisation, même les plus complexes. Le doute n’existe plus, ils ne connaissent ni l’humilité de Socrate, ni le questionnement d’un Pascal, ni même le concept de "rationalité limitée"  développé par March et Simon.

Le rêve : des dirigeants s’autorisant à dire qu’ils ne savent pas

Tout ne peut être qu’efficience et efficacité. Chacun dans les Comités de Direction est dans la réassurance individuelle et collective. Chacun est persuadé qu’il apporte les bonnes informations avec une fiabilité absolue.

Le rêve serait des dirigeants qui s’autoriseraient à se dire qu’ils ne savent pas. Nous sommes persuadés que dire "nous ne contrôlons pas tout" est primordial pour susciter une vraie confiance, trouver de nouvelles idées, remettre en cause les structures, les processus, les procédures mais aussi être crédible auprès des salariés.
 
N’oublions pas que les collaborateurs, ont de plus en plus la capacité à détecter les discours bidons, les fausses promesses et les dirigeants devraient se souvenir que la motivation des personnels sera à la hauteur de la véracité de ce qu’ils entendent.
Mais hélas, tenir ses promesses et faire ce que l’on dit, n’est pas toujours la règle du comportement des dirigeants et autres cadres supérieurs.

Aussi dans notre rôle de conseil ou de coach, nous voyons bien que les dirigeants qui se reconnaissent des pistes d’amélioration admettent que pour décider mieux, il faut qu’ils s’autorisent à se dire qu’ils ne savent pas.

Accepter les apports des différents acteurs


Donc tout n’est pas perdu à condition que le dirigeant soit persuadé que tout ne tourne pas autour de lui et qu’il lui faut absolument accepter les apports des différents acteurs. A commencer par ceux de son personnel qui chaque jour produit, crée, invente, progresse.

Rien n’est possible si le dirigeant ne reconnaît pas la créativité quotidienne de son équipe. Ce sont l’attention portée à chacun et l’anti narcissisme du dirigeant qui permettent de retrouver un moteur d’investissement et de valoriser, pour l’entreprise, une dynamique productive performante.

Un dirigeant ouvert est celui qui accepte la contradiction, condition de l’innovation.
Un dirigeant doit être capable d’accueillir une proposition de rupture sans se sentir fragilisé dans son pouvoir.

Le pouvoir consiste à décider juste

Le dirigeant comprendra-t-il enfin que posséder le pouvoir n’est pas qu’une question de statut ou d’autorité, mais celui de décider juste. Décider juste, c’est donner la possibilité aux acteurs de prendre position. Cela exige une information descendante, suivie d’une écoute attentive des réactions pour susciter une véritable interaction.
C’est le principe même d’une communication engagée qui suppose de partager une recherche de sens et de lien, d’accepter d’émettre des doutes, de dire quand la situation est difficile en sachant aussi se réjouir des succès et en valorisant ce qui est possible de l’être.