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Strategy

Le western, le méchant et le porteur de projet

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Thierry Boudes est Professeur de Stratégie et Directeur scientifique de l’Executive Mastère Spécialisé Business Consulting.

Les projets sont un peu comme les westerns. Dans ce genre cinématographique, le "méchant" joue un rôle central : c’est la figure qui va permettre de rentrer dans l’intrigue et de magnifier, par effet de comparaison l’importance de l’action du "héros".

Les projets, vecteurs de dérangement

Par définition un projet est extraordinaire, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire qui sort de l’ordinaire. La discipline du management de projet a construit la notion de projet en l’opposant à celle de répétitivité, de routine. Donc si les projets présentent toujours une part plus ou grande d’extraordinaire, ils sont vecteurs de dérangement par rapport aux équilibres existants. Si les projets dérangent, ils vont entrainer de la résistance, de l’opposition. C’est là que l’idée d’opposants prend tout son sens. Un projet sans opposants, ça n’existe donc pas ! Plus précisément, un projet sans opposant, c’est soit un projet qui ne sert à rien, soit un projet dont les opposants n’ont pas été repérés (mais ils ne manqueront pas de se manifester, généralement tard dans le projet à un moment où il sera difficile de prendre en compte leurs enjeux), soit un projet tellement riche qu’il parvient à satisfaire tout le monde (cas idéal bien entendu !).

Typologie des opposants aux projets

Quels sont les types d’opposition dans les projets ? Le premier niveau, c’est l’inertie. Personne n’est directement opposé au projet, mais tout le monde sait que si aucun acteur ne vient apporter de l’impulsion et de l’énergie, il ne se passera rien. La question centrale consiste alors à créer une dynamique de façon à ce qu’il se passe quelque chose.
Le deuxième niveau, c’est le doute verbal. Certains acteurs expriment des hésitations quant au projet, ses raisons d’être, son déroulé, ses effets attendus. Mais fondamentalement, ces acteurs ne sont pas prêts à se mobiliser. L’enjeu devient alors d’être capable de rassurer en montrant comment la conception du projet répond à ces inquiétudes.
Le troisième niveau, c’est la contestation active. Des acteurs s’engagent dans des actions concrètes visant soit à faire abandonner le projet, soit à l’amender. Il s’agit alors de parvenir soit à modifier le projet dans le sens des arguments de la contestation active, soit à faire émerger une masse suffisamment grande de supporters qui vont marginaliser par leurs propres actions les contestataires actifs.

Supporters des projets ?

Finalement, dans un projet, quel est le contraire d’un opposant ? Un supporter me direz-vous ! Et bien si l’on s’appuie sur les travaux de la socio-dynamique (par exemple ceux de Jean-Christian Fauvet) le contraire d’un opposant, c’est quelqu’un qui n’a que faire du projet… Et le contraire d’un supporter alors ? Et bien c’est pareil : c’est quelqu’un qui n’a que faire du projet ! Pour mener un projet à bien face à des opposants actifs, il faut donc chercher à faire émerger chez eux une posture d’indifférence sinon bienveillante, du moins distante !