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miércoles 15 marzo 2017

Retour sur le dernier petit déjeuner de la Chaire E Leclerc / ESCP Europe du 1er mars

Les stratégies et mécanismes des plateformes numériques dans la société 4.0

Lancés en décembre 2016, les Petits-Déjeuners du Commerce 4.0 mensuels de la Chaire E.Leclerc et ESCP Europe dédiés à l’avenir du commerce dans la société 4.0 sont un lieu de débat et de réflexion approfondie entre les professionnels et les étudiants sur le commerce et la distribution du futur et sur l’impact des nouvelles technologies sur le secteur. Ils sont animés par le Professeur Olivier Badot, Doyen de la Recherche à ESCP Europe et Directeur Scientifique de la Chaire en présence de Michel-Edouard Leclerc (Président des Centres E.Leclerc et Président de la Chaire E.Leclerc/ESCP Europe). 

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Le petit-déjeuner du 1er mars de la Chaire E.Leclerc/ESCP Europe Prospective du commerce dans la société 4.0 avait pour thème : "Les stratégies et mécanismes des plateformes numériques dans la société 4.0" avec la participation de Sébastien Badault (Directeur Général de Alibaba France), du Professeur Christophe Benavent (Professeur à l’Université Paris-Ouest et auteur de l’ouvrage "Plateformes"). 

Les plateformes numériques, ces "nouveaux géants de l’économie", à l’instar d’Amazon, Airbnb, Facebook, Uber ou Alibaba, font émerger de nouvelles habitudes de consommation mais aussi de nouveaux modèles d’organisation. 

Le Pr. Christophe Benavent décrypte ces nouveaux schémas en termes de mode de fonctionnement et de business models. Sébastien Badault apporte une vision actuelle et prospective des plateformes, en présentant le cas concret d’Alibaba, numéro 2 mondial du commerce.   


Les plateformes numériques : un modèle commercial devenu dominant

Le modèle des plateformes est en passe de dominer le commerce mondial. En témoigne le classement annuel "Fortunes" où 7 des 10 premières entreprises sont des plateformes numériques. A tout seigneur tout honneur : impossible de parler des plateformes numériques à l’ère 4.0 sans se pencher sur le phénomène Alibaba. Née en 1999, la plateforme numérique chinoise affiche, en 2016, plus de 3,52 milliards de revenus (+ 49% en un an) et "485 milliards de transactions, ce qui en fait le plus gros retailer du monde. Cette année, Alibaba a dépassé le géant de la distribution américain Walmart en volume de transactions" raconte Sébastien Badault, le Directeur Général de Alibaba France. Pour l’édition 2016 du "11.11" (*), Alibaba a enregistré pas moins de 150 000 commandes par seconde (sur ce seul jour, Alibaba fait état d’un chiffre d’affaires multiplié par 2000 en sept ans, ndlr) et des acheteurs de 257 pays. "Et ce n’est que le début", prévoit Sébastien Badault

Le potentiel de croissance naturelle est, de facto, énorme pour Alibaba, qui compte 450 millions d’utilisateurs sur un marché chinois total d’un milliard d’individus. "Dans les 5 ans à venir, la Chine va ajouter l’équivalent de la totalité de la consommation des ménages français à son économie. Et pendant qu’une haute classe moyenne, très intéressante pour les marques, émerge déjà, 100 millions de foyers vont passer dans la classe moyenne ».
A l’horizon 2020, l’objectif de Alibaba est clairement résumé par Sébastien Badault : "servir 2 milliards de clients dans le monde et permettre à 10 millions de marchands d’être rentables via notre plateforme". 

Des chiffres "qui donnent le tournis", pour le Professeur Christophe Benavent, qui soulignait que 85 milliards de chiffre d’affaires (le chiffre d’affaires d’Alibaba, ndlr) c’est l’équivalent du tiers du budget de l’Etat français. A titre de comparaison, Amazon, l’autre géant du marché, ce sont 2 millions de vendeurs et 100 millions d’acheteurs. Au-delà des chiffres, ce qui est intéressant selon Sébastien Badault, "c’est le comportement des utilisateurs chinois. Chez nous, le e-commerce est une commodité, pour les Chinois c’est un hobby et un mode de vie. Ainsi, un utilisateur de Taobao, la plateforme B to C de Alibaba, y a recours sept fois par jour en moyenne". 


Exit le consommateur, vive les populations !

La particularité de ces plateformes de commerce globalisé, "c’est le nombre de marchés qui sont mis en interaction, qui ne cesse d’évoluer", pointe le Professeur Christophe Benavent. Il définit ces plateformes comme "une nouvelle organisation de la coordination des activités économiques qui se superposent aux traditionnelles organisations -bureaucraties et marchés- et montrent que ces anciennes organisations ne fonctionnent plus bien". En coordonnant les marchés entre eux, les individus entre eux, les plateformes sont "en quelque sorte des architectes permettant de créer de la valeur", résume-t-il. Aujourd’hui, "l’enjeu est de s’approvisionner auprès de tous et d’être capable d’inventorier tous les fournisseurs possibles à un moment T et de fournir tout le monde en un temps record", constate le Professeur Benavent

L’originalité de ce nouveau système commercial est de considérer les clients comme une ressource. Exit la notion marketing de "customer centric" chère au marketing. Le commerce à l’ère des plateformes 4.0 se conçoit en termes de "populations » au sens où l’entendait le philosophe Michel Foucault quand il expliquait que "l’Etat considère les populations comme une ressource" se préoccupant d’agir sur les populations pour générer de la ressource. "Les plateformes font exactement cela aujourd’hui : elles agissent sur les comportements individuels, les acheteurs, les vendeurs, pour qu’ils produisent de la richesse", affirme le Professeur Benavent, qui cite en exemple AirBnB ou Uber qui révèlent sans cesse de nouveaux "offreurs". 

Sébastien Badault confirme ce ciblage marketing ultra fin sur un public chinois très particulier : 50% de la population en ligne- et les 450 millions d’utilisateurs d’Alibaba chez qui 75 % des ventes se font via des supports mobiles et particulièrement les smartphones (85% des achats). 


La technologie et l’innovation, clé de voûte du développement des plateformes

Si ces plateformes 4.0 marquent un basculement absolu en matière de supply chain et d’approvisionnement, l’une des clés de leur développement reste la technologie. C’est l’une des raisons majeures du leadership d’Alibaba. Sans une logistique technologique quasi infaillible et un cloud ultra puissant, Alibaba ne pourrait pas tenir le rythme des commandes du « 11.11 » qui propose de nouvelles promotions toutes les heures. "C’est la seule grande nouveauté induite par le Big Data : pouvoir faire des opérations de calcul très rapidement", ajoute le Professeur Benavent

Paiement, réalité virtuelle, logistique, marketing : "nos ingénieurs travaillent en permanence sur des innovations technologiques telles que le paiement par reconnaissance faciale, salué comme l’une des meilleures innovations de l’année par le MIT", raconte Sébastien Badault


Les algorithmes, ce "média du 21e siècle"

Avec les plateformes, un art nouveau du marketing est en train de naître autour des technologies dites "persuasives" - gamification, algorithmes de recommandation et de recherche- avec un langage nouveau. "Avec l’arrivée du Big Data, le machine learning (ou apprentissage automatique consistant en la mise en place d’algorithmes ayant pour objectif d’obtenir une analyse prédictive, ndlr) est devenu l’équivalent actuel du langage informatique basique des années 1980", souligne le Professeur Benavent.

Selon lui, cette utilisation massive d’algorithmes déployés en temps réel n’est pas sans conséquences "politiques" : "Les algorithmes sont les médias de notre siècle. Ce sont eux qui vont propager les incitations, les interdits, les restrictions, les encouragements, qui vont modeler les décisions individuelles qui font la vie du commerce". A l’avenir, prédit-il, "la population sera un kaléidoscope de scores, de "notations" lesquels permettront d’avoir accès ou non à certaines choses". 

Pour Michel-Edouard Leclerc, qui concluait les débats : "Si l’on apprend beaucoup de ces plateformes de marchés telles qu’Amazon ou Alibaba, il faut voir les plateformes pour ce qu’elles sont : des hubs, des espaces permissifs, qui ne garantissent pas à elles seules la réussite des marques et des prestataires. Ce qui fera le succès des plateformes à l’avenir c’est, encore et toujours, la qualité de la promesse commerciale".

(*) Le "11.11" chinois est l’équivalent chinois du mythique "Black Friday" américain qui ouvre traditionnellement le 11 novembre la période commerciale des achats de Noël. En Chine, le "11.11" est également la "fête des célibataires" et les chinois dépensent des milliards en ligne. 

 

Pour en savoir plus sur la Chaire, cliquez ici

Et sur le prochain petit-déjeuner du 5 avril sur le thème de la co-construction de l'expérience shopping à l'ère de l'économie collaborative et numérique, ici

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