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AUBERT
Nicole AUBERT
Docteur en Sciences des Organisations
Habilitée à diriger des recherches
Professeur
Comportement organisationnel
Campus : Paris
Tel : +33 1 49 23 20 96

Recherche actuelle

Violence du temps et pathologies hypermodernes
Il s’agit de mettre en relation les caractéristiques de la société hypermoderne et les types de pathologies qui lui sont associées. La mondialisation et la flexibilité généralisée de l’économie, conjuguées à un nouveau rapport au temps fondé sur l’urgence et l’immédiateté ont conduit à l’apparition d’une société exigeant une extrême réactivité et une adaptabilité permanente. Dans un contexte où les relations durables ont laissé la place aux relations « liquides » et éphémères, le rapport à soi même est désormais sous-tendu par une obligation de dépassement de soi et d’hyper-performance. L’individu est désormais obligé d’être dans le « trop » pour ne pas être dans le « rien » ou le « vide » et de courir toujours plus vite pour ne pas se retrouver dans l’inexistence économique conduisant à l’inexistence de soi. Les pathologies hypermodernes sont, dès lors, des pathologies de l’hyperfonctionnement de soi conduisant à la rupture de soi lorsque l’individu, ne trouvant plus d’espace pour se mettre à distance, n’a plus d’autre recours qu’une déconnection brutale pour briser un cercle infernal. L’apparition récente des suicides sur le lieu de travail est un des signes de la violence des temps hypermodernes.

Visibilité de soi et Société du « Moi » (recherche menée avec Claudine Haroche)
Un des symptômes les plus significatifs qui affectent aujourd’hui la société occidentale contemporaine est celui de l’injonction à la visibilité. Tandis qu’autrefois, il fallait taire l’intime, aujourd’hui il semblerait qu’il s’agisse de se livrer à une exhibition de l’intime pour exister. L’invisibilité sociale paraissant désormais confondue avec l’inexistence sociale, tout autant que psychique, le sentiment d’exister semble désormais requérir la visibilité et l’individu contemporain, considéré et apprécié au travers de la quantité de signes et d’images qu’il produit, est par conséquent incité à en présenter de façon incessante.
Cette injonction à la visibilité semble entraîner le développement de modes d’existence, de pensée, de perception, de lien social, de rapport à soi, tout à fait nouveaux. Elle paraît conduire à un fonctionnement « en surface », entravant la possibilité de pensée critique, entraînant un aplatissement de l’existence, une spatialisation de l’imaginaire et du mode d’existence, un appauvrissement de l’espace intérieur de chacun.
Pourquoi l’exigence de visibilité a-t-elle pris une telle ampleur dans la société ? Quelles en sont les conséquences sur les différents registres de l’existence ?

Exister ou survivre ?
Durant la décennie 80-90, l’éthique de l’excellence à l’œuvre dans les entreprises avait  constitué le soubassement moral d’une sorte de système visant à englober la totalité de l’individu et reposant sur une mobilisation psychique intense, une captation des désirs individuels de réussite et de carrière, une sollicitation de la passion et un contrôle permanent de l’adhésion de chacun. En incitant les individus à penser qu’en oeuvrant pour l’entreprise, c’est pour eux-mêmes qu’ils travaillaient, l’entreprise avait couplé de manière indissociable exigence professionnelle et exigence personnelle et s’était présentée comme médiatrice du destin personnel, artisan du développement de l’être, objet d’investissement amoureux, mais aussi comme seule capable de combler la soif d’immortalité de chacun.
Ce mode d’investissement ne semble plus représentatif de ce qui se passe actuellement dans les entreprises. A partir du milieu des années 90, en effet, la radicalisation de la mondialisation économique a pulvérisé l’habillage idéologique que constituait la quête d’excellence, dévoilant ainsi toute la violence des rapports économiques et laissant paraître à nu le caractère effréné de la logique concurrentielle qui focalise désormais toutes les énergies sur une exigence de performance et de rentabilité à tous crins, sans plus aucune médiation de l’ordre de l’attachement à l’entreprise ou de la réalisation d’une mission pourvue de sens. Sommés de réagir toujours plus vite sans plus avoir le temps du recul et de la réflexion, les individus semblent devoir renoncer à «exister», au sens de pouvoir accéder à un devenir, (ex-sistere) et en être trop souvent réduits à « fonctionner », voire même simplement à tenter de survivre, aussi bien économiquement que psychiquement.