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Thursday 26 January 2017

In Memoriam Professeur Christopher Kobrak

21 janvier 1950 – 8 janvier 2017

 

C'est avec énormément de surprise et de peine que nous, les professeurs du Département Finance ESCP Europe, avons appris le décès de notre collègue Christopher Kobrak, que certains côtoyaient depuis plus de 25 ans.

C'est avec beaucoup de reconnaissance, mais sans réelle surprise (compte-tenu des qualités humaines, et même humanistes, de  Christopher), que nous avons vu fleurir quelques très beaux hommages écrits par des collègues canadiens de Chris (Tiff Macklem, Dean de la Rotman School of Management, Andrew Smith, University of Liverpool Management School, Andrea Schneider, European Business History Association). Ces textes parlent tout autant de l'homme d'idées, du professeur chercheur, que de l'homme au grand cœur.

C'est dans ce dernier registre que nous avons tenu à apporter notre témoignage sur Christopher : celui d'une vie dont nous avons partagé une bonne partie.

Toute existence est une lettre postée anonymement. Celle de Christopher Kobrak, si brusquement interrompue,  portait trois cachets prestigieux: New York, Berlin, Paris. Le sort l’y jeta par hasard, mais tout, dans son être, dans sa vie,  le conduisit ensuite à aimer ces villes d’un amour identique.


New York… Il était plus qu’américain il était new yorkais, avec la démesure que cela implique et la fascination, l’affection même que les habitants de cette cité-monde ressentent pour le vieux continent. Il y est né, il y fit une partie de  ses études et lui resta fidèle- sauf peut-être dans ses choix politiques, il fut républicain dans une ville démocrate. Mais si peu républicain qu’il rendit un hommage très appuyé et inattendu au système médical français lorsqu’il fut opéré  d’urgence il y a quelques années. Il nous fit bien rire alors….

C’est peut-être à ce tropisme européen de la Grosse Pomme et surtout à ses propres origines qu’il fut toujours fasciné par l’histoire et justement par l’histoire tragique et tourmentée du vieux continent.  Son père était juif allemand, sa mère catholique irlandaise, mélange  fructueux, détonnant,  porteur de tous les déchirements du siècle dernier et pas seulement de celui-là.

Il nous avoua  il y a peu qu’il avait retrouvé, lors de la disparition de sa mère, un document attestant que le premier prénom de son père n’était pas Hermann comme il le croyait jusque-là, mais Adolf, un terrible détail qu’il avait totalement ignoré. Cet aveu, il l’avait comme murmuré, avec une fragilité émouvante qui contrastait, de façon saisissante, avec son physique de colosse.

Berlin. Chris était un homme de souvenirs, de culture et de sentiments, jamais un homme de ressentiment. Il aima donc la capitale de l’Allemagne comme on retrouve une amie retrouvée, à qui on pardonne tout  même quand on sait qu’elle a péché. il en aima notamment ses cabarets (ahhh, son admiration, avec trémolos dans la voix, pour le Distel, le Chardon, un cabaret de chansonniers dans Friedrichstrasse). Il essaya, comme tout bon historien, de comprendre avant de juger et encore moins de condamner. Je me souviens de  son air gourmand de provocateur amusé lorsqu’il entonnait mezza voce Deutschland über alles, l’hymne allemand dans le couloir du 5ème étage. Berlin c’était la ville où il fréquentait les plus austères documents d’archives  pour décrire comment les entreprises s’organisaient devant les périls politiques, joignant ainsi ses deux passions, l’histoire et l’économie.

Paris. Encore plus que Berlin, il aimait Paris parce qu’il a aimé des Français et des Françaises - n’allons pas plus avant…  Il choisit de rester avec nous, même si nous l’exaspérions par nos défauts bien connus. Il se fâchait alors un peu et la langue française qu’il écorcha toujours avec une sorte d’allégresse destructrice et blasphématoire devenait un sabir américain qu’avec certains d’entre nous il mâtinait d’allemand. Il aimait tant notre ville qu’il s’y établit dans un bel appartement ouvert à tous, où il invitait souvent et où la prohibition de l’alcool n’était pas de règle. Il finit par osciller entre le Canada (Toronto)  et la France, devint un prestigieux "jet professeur" entre deux avions, deux projets, deux ou trois  langues.

Nous ne pourrons plus jamais regarder le couloir du 5ème sans entrevoir sa silhouette massive lestée d’une énorme sacoche remplie d’archives, de livres, de brochures,  de supports de cours et sans entendre, entrecoupée d’essoufflements dont nous mesurons aujourd’hui le mauvais augure, sa voix  tonitruante et toujours amicale qui lançait : "comment vas-tu ? how are you ? wie geht’s ?"        
 

Le département Finance de ESCP Europe

 

Une cérémonie en l'honneur de Christopher Kobrak aura lieu au Crematorium du Père Lachaise à Paris le samedi 4 février 2017 à 10h00.

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