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Monday 27 February 2017

La motivation : une quête du graal ?

La motivation : une quête du graal ?

Par Evelyne Stawicki, Professeur affilié à ESCP Europe et Directrice scientifique du certificat Manager en leader.

La motivation ressemble à une quête du Graal peut être plus pour les managers que pour les entreprises. L'entreprise doit aujourd'hui conduire ses mutations qui permettront - ou pas - sa survie de demain. Motiver les collaborateurs ne semble pas constituer à ce stade sa préoccupation première. Par contre, les managers qui doivent garantir les résultats du quotidien savent, eux, que motivation et compétence de leurs collaborateurs sont les deux piliers de leur performance.

Le mot " motivation " vient du latin " movere ", " mettre en mouvement ", c'est la même racine que le mot " moteur " et plus intéressant encore que le mot " émotion ". La motivation se niche donc au cœur de nos affects et de notre subjectivité. Considérer que nous ne sommes motivés que par l'argent est une simplification hasardeuse. D'ailleurs, quand un collaborateur s'exclame : " Si je vais travailler, c'est pour toucher mon salaire à la fin de mois ", il témoigne là de sa profonde démotivation à l'égard de son travail, réduit à son aspect " alimentaire ".

La motivation au travail s'appuie sur un trépied fondateur : l'intérêt porté au travail lui-même, la reconnaissance obtenue et le collectif humain dans lequel nous évoluons. A contrario, faire un travail jugé ennuyeux, répétitif et absurde, sous contrainte de temps sans recevoir aucun témoignage de reconnaissance de la part de son manager, de ses collègues, de ses clients provoquera indéniablement de profondes souffrances psychiques.

Lorsqu'on interroge des salariés lors des sessions de formation sur ce qui leur manque le plus en termes de motivation, immanquablement et majoritairement, ils répondent : " le manque de reconnaissance ". Et que l'on ne se méprenne pas. Il ne s'agit pas de salaires ou de promotions. Il arrive même que certains se voient augmenter sans pour autant se sentir reconnus.

En France, nous souffrons cruellement d'un déficit de reconnaissance, sans doute dû à notre culture judéo-chrétienne. Complimenter quelqu'un pourrait l'exposer au péché d'orgueil. Nous n'avons même pas le mot pour la dire. En anglais, on parlera de " feed back ", que l'on pourrait traduire par " cadeau " ou " don ". En France, nous faisons un " retour " sur le travail de l'autre, ou pire encore, une " évaluation ", c'est-à-dire un jugement. Il existe une " croyance " persistante dans la culture française qui est de penser que si " je commence à faire un compliment à quelqu'un, alors, cette personne ne fera plus rien ! ". Une pseudo-vérité absurde qui a produit tellement de contreperformances que l'on peut s'étonner qu'elle continue encore à être si tenace. Le professeur Laborit avait l'habitude de dire : " Nous sommes les autres ". Nous ne pouvons savoir ce que nous sommes, ce que nous valons, ce que nous représentons sans passer par le regard et la parole de l'autre. C'est l'autre qui ouvrira nos angles morts et nous permettra d'accéder à une meilleure connaissance de nous-mêmes.

Alors, si nous voulons améliorer la motivation de nos équipes, commençons par instaurer la culture du feed back. Offrons chaque fois que possible ce cadeau de prendre en considération le travail de nos collaborateurs. Et l'on se rendra compte alors que motiver ses équipes, même dans des périodes de grande incertitude, est à la portée de tous les managers.

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