Créer une identité europeenne grâce aux médias sociaux

Creating a European Identity through Social Media

Comme on l’a récemment constaté, les élections européennes se sont caractérisées par un taux de participation plutôt bas (avec en moyenne 43% pour toute l'Europe et un minimum en Slovaquie, avec seulement 13%). Quelques-unes des raisons de cette désaffection résident certainement dans la quasi absence d'un sentiment d'identité européenne parmi les 500 millions d'habitants de l'Union européenne, dans les discours nationaux qui rendent responsable l'administration européenne de la crise actuelle et dans les accusations récurrentes sur les méfaits de sa bureaucratie. Dans ce contexte, ce sont les réseaux sociaux qui peuvent faciliter la construction d’une identité européenne.

En 2013, plusieurs études et rapports ont analysé le potentiel des médias sociaux dans ce domaine, comme par exemple le Centre d'Etudes Européennes, qui recommande leur utilisation plus poussée pour créer des liens entre citoyens et hommes politiques européens. On peut également citer le ministère pour l'intégration européenne du Kosovo qui a publié un guide démontrant leur intérêt pour la communication en lien avec l'Union européenne et, aussi, la recherche qu’ont menée les professeurs Karantzeni et Gouscos et qui montre la forte utilité des réseaux en tant que moyen d'acculturalisation dans la formation et la diffusion d'une identité européenne. Ceux-ci peuvent construire une identification de soi grâce aux valeurs européennes et à un sens commun d'appartenance à ce continent.

Les médias sociaux sont dotés de deux parties importantes dans la formation d'une identité nationale et donc aussi européenne :

  • Premièrement, il s'agit de médias potentiellement de masse, considérés comme essentiels dans la construction d'une identité par plusieurs chercheurs dans le domaine de la communication, à cause de leur caractère symbolique et de leur niveau de pénétration dans tous les aspects courants de la vie. En l'absence d'un véritable média, dit traditionnel, et qui serait transeuropéen, les réseaux sociaux peuvent prendre cette place et donneraient la possibilité de contourner des médias nationaux qui sont souvent méfiants de l'Europe. Ils donnent ainsi la possibilité de communiquer potentiellement en direct avec le demi-milliard d'Européens.
  • Deuxièmement, Facebook, Twitter et compagnie sont des réseaux "sociaux" et donc ils permettent non seulement l'interaction entre citoyens et autorités, mais aussi entre des citoyens d'une nationalité avec des citoyens d'autres nationalités (en partant de l'hypothèse que la génération Erasmus peut surmonter les barrières linguistiques). Les médias sociaux aident à constituer une communauté : non seulement un Français peut y accepter un Allemand comme interlocuteur à valeur égale (ou vice versa), mais en il se créé en même temps un sentiment d'appartenance à une même communauté pour ces deux individus. Les réseaux sociaux, prédestinés pour créer des communautés, peuvent être ainsi d'une grande utilité dans cette construction du "nous" européen.

L'Europe représente un maximum de diversité culturelle en un minimum de distance géographique. Si on peut penser qu’un manque de culture commune et le multilinguisme constituent des barrières insurmontables pour créer une identité européenne, cet argument perd rapidement de sa valeur en considérant le cas de la Suisse qui fait cohabiter harmonieusement environ huit millions de citoyens qui utilisent quatre langues différentes. En plus de l'aspect central de la communication pour la construction et la représentation d'une identité, un deuxième facteur d'importance est le rôle des institutions politiques européennes comme sa Commission, son Parlement ou son Conseil, qui sont les promoteurs de son identité auprès de ses citoyens. Sophia Kaitatzi-Whitlock a montré les liens forts entre la formation de l'identité européenne et les médias, en regrettant que l'UE, en tant que structure politique, manque des outils de communications efficaces pour une telle construction.

Lorsqu’on analyse le compte Facebook du Parlement Européen, on constate qu’il rassemble plus de 1,4 million de "likes". Ses pages présentent des informations récentes sur les affaires européennes, contiennent des albums photos et font référence à d'autres réseaux comme, par exemple, sa chaine YouTube. Majoritairement conçues en anglais, les vidéos dans une autre langue sont sous-titrées. En revanche, sur Twitter, le Parlement suit plutôt une stratégie de division et non d'unité en ayant un compte pour chacune des 24 langues officielles. Le compte Twitter français affiche ainsi environ 27.000 abonnés. A premier vue ces chiffres sembles honorables, mais en les comparant avec le nombre de citoyens européens, ils ne sont pas satisfaisants, car ils se situent en dessous du niveau de 0,3% dans le cas des "likes" sur la page Facebook du Parlement, rapportés à la population totale de l'U.E. L’étude citée supra indique également que le contenu des pages des réseaux sociaux européens ne parait pas adapté aux besoins de ses habitants. D’une manière générale, les médias sociaux gérés par l'UE paraissent plutôt distants, technocratiques et avec peu d'attractivité, surtout pour les jeunes européens - cible prioritaire - qui se retrouvent sur Facebook, Twitter, ou encore Instagram.

Mais quel serait le contenu le plus adéquat ? La réponse consiste sans surprise dans une personnalisation accrue, un ciblage mieux défini et davantage d’interactions, ce qui augmenterait la partie "sociale" de ces réseaux et donc ainsi permettrait de créer une identité européenne. En plus de communiquer sur ce que l'UE a atteint et quels sont les points communs entre les états-membres, on pourrait imager aussi une communication montrant ce qui différencie l'Europe des autres régions du monde. L’objet de la communication est de mieux faire comprendre qu'on appartient au même groupe, en voyant qu'il y a des différences communes. Il est cependant recommandé de ne pas donner l'impression d'essayer de manipuler les lecteurs. Au lieu de recevoir des communiqués presse dans un format inadapté, les utilisateurs des médias sociaux doivent sentir que le contenu mis sur ces comptes a un lien direct avec leur vie de tous les jours. C'est pour cette raison qu'ils se rendent sur les réseaux sociaux et non pour obtenir les mêmes informations que celles de leur journal télé de 20h.

En conséquence, les réseaux sociaux peuvent jouer potentiellement un rôle important dans la construction d'une identité européenne, surtout pour les jeunes générations qui ont eu ou auront plus probablement une réelle expérience de l'Europe. Ce travail serait transitoire jusqu'à ce qu’apparaisse un véritable media de masse transeuropéen, comme par exemple, une chaine de télévision européenne. Celle-ci n’aurait pas comme modèle Euronews, qui cible plutôt l'élite, mais serait une chaine montrant une série du type "Sous le soleil", axée "Auberge Espagnole" ou "finale de l'UEFA", dans tous les états en Europe, au même moment sur la même chaine. Une telle réalisation aura sans doute un effet non négligeable pour la construction d'une identité européenne.

.